Quand Jean-Paul Sartre séjournait à Guérigny

Mis à jour : juin 5

Jeune, l’auteur de La Nausée est venu régulièrement dans la cité des Forges, en visite chez son oncle, Georges Schweitzer, polytechnicien et ingénieur principal de marine. L'écrivain a évoqué ses séjours guérignois dans quelques lignes dans Les mots.


Plaque commémorative inaugurée par Jean-Pierre Chateau en 2017 située à l'entrée du château de la Chaussade de Guérigny en mémoire de Jean-Paul Sartre.


Ses visites de l’usine de Guérigny l’avaient tant marqué que leur souvenir explique peut-être l’intérêt que Sartre porta tout au long de sa vie aux démunis et à ceux dont l’existence n’est qu’effort et peine.

(Extrait du Blog de Michel Benoît) :


"Sartre vient de mourir. Alors que le monde intellectuel est en deuil, qu’une émotion considérable rassemble plus de cinquante mille anonymes dans les rues de Paris (1980) pour accompagner le philosophe jusqu’à sa dernière demeure au cimetière Montparnasse, les vieux Guérinois se souviennent du petit "Poulou" qui autrefois, avant la Grande guerre, partageait leurs jeux d’enfant.

Alors que celui qui restera l’archétype de l’intellectuel engagé, au point de refuser le prix Nobel, apparaît sur toutes les télévisions et envahit la première page de tous les journaux, ses anciens camarades se souviennent de l’enfant qui venait régulièrement chaque été à Guérigny, au domicile de son oncle Georges Schweitzer. Ancien polytechnicien, celui-ci avait rejoint les forges de la Chaussade où il occupait le poste d’ingénieur principal. C’est lui qui accueillait le jeune Jean-Paul accompagné de Charles, son grand-père.


« A Guérigny où nous passions la dernière quinzaine de juillet, mon oncle Georges nous emmenait visiter les fonderies : il faisait chaud, des hommes brutaux et mal vêtus nous bousculaient ; abasourdi par des bruits géants, je mourrai de peur et d’ennui ; mon grand-père regardait la coulée en sifflant, par politesse, mais son œil restait mort. »


Les rares témoins de cette époque se rappellent qu’au bruit sourd de la presse ils préféraient le silence de la forêt proche, les alentours du bief et les rendez-vous près du chêne Babaud, au pied duquel ils se retrouvaient avant de courir à perdre haleine à travers les sentiers, imitant leurs héros favoris, tout droit sortis des romans de Jules Verne.


Guérigny a marqué Sartre si profondément qu’il s’en était d’ailleurs expliqué dans son récit autobiographique : Les mots. Ses visites de l’usine l’avaient tant marqué que leur souvenir explique peut-être l’intérêt que Sartre porta tout au long de sa vie aux démunis et à ceux dont l’existence n’est qu’effort et peine. Aujourd’hui, bien loin du débat médiatique qui demeure sur la vie et l’œuvre de Sartre, ce sont ces souvenirs qui effleurent avec pudeur la lèvre de ses anciens camarades d’enfance, car si la France a perdu un grand homme de lettres, Guérigny vient de perdre un ami.


Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre est né en juin 1905 à Paris. Son père meurt alors qu’il est encore très jeune. Il est issu d’un milieu bougeois et cultivé (cf. Les Mots). Il fait ses études à Paris où il rencontre Paul Nizan. En 1924, Sartre intègre l’École normale supérieure et obtient son agrégation de philosophie en 1929. À cette époque, il a déjà rencontré Simone de Beauvoir qui devient sa compagne. Il enseigne la philosophie au Havre. En 1938, il publie La Nausée, roman qui est reçu favorablement par la critique. En 1939, Sartre est mobilisé et, en juin 1940, il est fait prisonnier. Libéré un peu plus tard, Sartre se tourne vers le théâtre pour exprimer son engagement : il publie Les Mouches et, en 1943, L’Être et le néant.

À la Libération, il fonde la revue Les Temps modernes et quitte l’enseignement. Sa théorie de l’existentialisme connaît un véritable succès. Il considère qu’un intellectuel doit être un homme d’action et que l’engagement est nécessaire : c’est pourquoi, à partir de 1950, il se rapproche du Parti communiste et, pendant la guerre d’Algérie, soutient les indépendantistes du Front de Libération Nationale (FLN). En 1964, il refuse le prix Nobel de littérature. Sartre participe à la révolte étudiante en mai 1968.

Il meurt en avril 1980 à Paris.


Œuvres principales de Sartre 1938 : La Nausée 1939 : Le Mur 1943 : L’Être et le Néant 1943 : Les Mouches 1944 : Huis clos 1948 : Les Mains sales 1951 : Le Diable et le Bon Dieu 1959 : Les Séquestrés d’Altona 1964 : Les Mots 1971 : L’Idiot de la famille



CHÂTEAU ET PARC DE LA

CHAUSSADE

GUÉRIGNY

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